Dans Humeur

Y a plus de jeunesse !

« Y a plus de jeunesse !

Une phrase banale et pourtant révoltante.
A l’heure où la crise économique frappe notre système de plein fouet, cette jeunesse reste l’espoir d’une génération plus engagée que ces consommateurs effrénés que sont nos aînés. En effet, arrivée à bout de souffle, la conception d’un monde où l’économie s’affranchit de l’homme tout en représentant le centre de ses préoccupations, est peut être à questionner. Que peut donc signifier un monde où le pouvoir d’achat et la répartition du capital remplacent les valeurs humaines de solidarité et de partage ? Que le meilleur gagne, oui mais que ferons nous de tout ceux qui n’arriveront jamais les premiers ?

Le milieu de l’éducation, au cœur de notre construction identitaire et collective, est remis en question lui aussi. Il a subit cette évolution d’un monde voyant les disciplines scolaires, chères à l’école de Jules Ferry, remplacées par des compétences techniques, liées fortement aux demandes du marché et non plus à l’enseignement des Humanités. L’esprit critique et l’ouverture propres aux Lumières ont été balayés par les nécessités de productivité, qui, bien qu’indispensables à notre capitalisme, n’en est pas moins dépourvues de sens. L’élitisme de notre système éducatif laisse sur le carreau ces enfants en qui notre modèle économique ne sait pas reconnaître d’utilité. Pourtant, la fonction que les individus doivent endosser dans leur vie professionnelle ne peut éclipser cette nécessité d’éduquer les personnes en toutes intelligences.
En ces temps de « ruptures », l’école doit plus que jamais constituer un espace ouvert à ces questions et à l’expression de notre croyance en la capacité de dépassement de chacun.
Ce constat d’échec n’est pas seulement théorique. Fréquentant il y a encore peu les bancs de l’école, je trouvais souvent injuste de voir placer le savoir, connaissance détenu par ces adultes savants, au dessus de la pensée. Cette faculté à faire appel à sa conscience propre me semblait pourtant bien plus essentiel au vivre ensemble avec mes camarades que toutes les formules et récitations réunis (1). Et pourtant, seul importait le classement : être en haut de cette pyramide merveilleuse où toutes les portes de l’avenir pouvaient alors s’ouvrir. Comment garder confiance en soi quand on reste toujours loin derrière ceux qui reçoivent les premiers prix d’intelligence,  avec pour seul forme de procès un bulletin de notation ? On pourra objecter que la vie à l’école nous prépare finalement bien à la réalité d’un monde où pour être heureux nous dit-on, il faut être le plus performant.
Il y a pourtant une autre manière d’éduquer, une autre façon de concevoir sa vie. Pour faire de l’individu une personne, l’école devrait peut être délaisser un peu cette obsession de débouchés, comme si, tel un fleuve, nous avions besoin de nous jeter à la mer.
Même si l’école n’est pas à la hauteur de nos attentes, il faut reconnaitre qu’elle sait encore doter sa jeunesse d’outils d’expression et d’une capacité de réflexion critique certaine. Ses faiblesses et ses utopies nous préparent tant bien que mal à devenir des membres de cette société que nous habitons, des citoyens porteur d’un désir d’action et de solidarité. Et s’investir en tant que bénévole à l’Afev est un choix largement influencé par cette idée que le collectif n’est pas un vain mot. Cet engagement est une possibilité d’exprimer une croyance inespérée en la jeunesse, en sa force et en son pouvoir de changer le monde.

Education, réforme sociale, dialogue interculturel, autant de chantiers qu’il nous faut sans cesse penser et dont la prise en compte dans l’espace public par la jeunesse est fondamentale. Demain, les enfants d’aujourd’hui devront décider de ce qui constitue l’enjeux de notre tradition et de sa transmission. Ces choix seront décisifs pour notre vivre ensemble et la tâche qui leur incombe mérite tout notre respect. Ils réussiront, nous l’espérons tous,  mieux que nous à tracer cette route où chacun peut occuper une place dans la dignité de soi et l’amour de l’autre.

Et en attendant que jeunesse se fasse, soyons humble et capable de reconnaître nos erreurs pour cesser de voir dans les temps révolus le modèle d’une jeunesse parfaite.

(1) Il ne s’agit bien évidement pas de récuser le rôle de l’apprentissage « par cœur » mais de chercher dans l’enseignement ce qui distingue la discipline de la formation à savoir la construction de la personne et de l’esprit critique.

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