un grand ramdamdan

Comprendre les enjeux de l’eau sans avoir vécu la soif est une vaste utopie. Jusqu’à cet été, je ne l’avais pas perçu. Et pourtant, subir la soif, c’est entrevoir la violence sous-jacente qu’elle contient lorsque l’eau vient à manquer.

En partageant la période de jeûne du Ramadan avec un ami , la privation m’a montré à quel point l’absence pouvait être présente. Plus encore que le creux de la faim et les torsions de l’estomac, la soif assaillit l’esprit sans répit. Chaque goutte que l’on sue, chaque rayon de soleil devient une épreuve.

La nuit venue, alors délivrés de la volonté de Dieu, nous nous retrouvons ensemble pour partager un repas. La joie est immense. Elle transforme l’eau en la meilleure des boissons et le plats simple, composé d’olives et de fromages frais, en délice. J’ai trouvé un plaisir sans fin à assouvir ce besoin primaire. Mais plus important encore était le partage, les retrouvailles du coucher du soleil, autour d’un plat avec ceux qui nous sont chers. J’ai alors pris conscience de ma chance : boire quand j’en ai envie , manger jusqu’à plus faim et plus encore que tout ces biens du corps, être en famille, libre et bien portant.

J’ai oublié le prix des choses, cette paire de bottes que je rêve d’acheter et qui, finalement, revêt si peu d’importance à côté des sentiments d’amour que nous éprouvons. Une gratitude profonde pour ce que la vie me donne et m’a déjà donné, simplement parce que, comme disent certains, j’ai crevé de soif bêtement pendant 3 jours pour un Dieu qui n’existe peut-être même pas. Mais c’est justement la dimension métaphysique de ces actions qui nous conduit à reconsidérer l’existence, nos conditions de vie confortables dont nous n’avons plus conscience, la surconsommation d’eau mais surtout ce gaspillage d’énergie et de temps, trop souvent mis à profit de futilités matérielles.

Cette rencontre avec une tradition des peuples du désert m’ à permis, à travers ces quelques jours de privation, de partager bien plus qu’une foi en l’invisible. Au-delà des enjeux de l’eau, c’est la question du respect de la vie, de ce qu’elle nous offre en expérience et en espérance, qui s’est posée à moi.

Méditerannée

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