Rose est absente

La voisine est partie. Sans bruit et sans fracas. Elle est simplement partie, ailleurs.

Sa petite toque en fourrure rousse et son mince foulard restent suspendus à la patère de l’entrée tandis que Moumousse, son chat, appelle désespérément ses caresses.

Les feuilles mortes envahissent petit à petit sa terrasse si bien tenue autrefois. Les poires juteuses et parfumées se couvrent d’une fine couche de mousse, digne des meilleurs slogans pour pesticides. De trop rares visiteurs laissent quelques plumes sur le perron, et, en attendant que revienne le printemps, s’en vont vers des fenêtres plus accueillantes.

Même le savon, à sa place dans la petite salle de bain jaune, reste figé dans sa dernière pose. Quelques bulles de savon font signe vers un charmant miroir rococo, tristement posé sur le rebord de l’évier écaillé.

Cette maison vide est chargée du parfum de Rose. Les souvenirs de bonbons à la violette et de clapiers m’assaillent. Son absence et ce silence m’étouffent . J’ai sauvagement besoin d’air, de soleil, de vie.

Rose, elle, a quitté sa vie pour une maison collective. Un lieu nous dit-on plus adapté, plus sûr pour une vieille dame.

Elle qui était forte et indépendante. La voilà désormais entre quatre murs étrangers, sans même une clé pour fermer la porte de son intimité. Et sa maison, toujours là, me parle sans cesse de cette plaie que l’on appelle vieillesse.

1 Commentaire

  1. François
    13 avril 2015

    oui, c’est effrayant.
    J’ai passé l’âge d’Essénine, puis celui de Maïakovski,
    Je n’ai pas encore l’âge de Rose.
    Devrai-je m’en remettre à ma bonne étoile pour ne pas l’atteindre?

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