Quelques temps déjà que je suis rentrée et pourtant, la chasse aux moustiques invisibles se poursuit.

Disons le franchement, ils sont le fruit de mon imagination, exacerbée par une habitude qui ne me quitte pas : sursauts en pleine nuit, certaine à mettre ma main à couper qu’ils sifflent exprès à mes oreilles. Pourtant, sur place, ils ne me dérangeaient pas tellement. Aujourd’hui, j’en viendrais presque à penser qu’ils me manquent.

Partie avec quelques clichés en tête et trop de vêtements légers, je me suis rendue sur ce continent que je ne connaissais pas et que je fréquente pourtant depuis longtemps. Je le fantasmais d’après mes souvenirs d’enfance, Roi Lion oblige, et les journaux de 20 heures, quelle bande de menteurs !
Un peu de littérature et des rencontres en chair et en os avaient toutefois laissé en moi une faille : j’étais prête à accueillir l’inattendu. Libreville. Doux nom pour un cadre où la liberté ne me semblait en effet pas poser de problème. Liberté de circuler, de s’arrêter, de klaxonner, de doubler, de traverser, de courir, d’enjamber, chanter, boire ou fumer. Après tout, pourquoi ne pas rouler au milieu de la route si personne ne vient en face.

Liberté de parler de tout, je ne sais pas. Je n’ai pas pratiqué, ni entendu. La contemplation d’une nature débordante m’a suffi. Des arbres gigantesques, qui me plongeaient dans un monde de Lilliputien, des visages ensoleillés et une chaleur bienvenue m’accueillirent après la neige et la grisaille de l’hiver occidental. Le Gabon m’a présenté sa meilleure face, celle des espaces protégés, des éléphants proches et pourtant intouchables, des marchands de grillades pas tout à fait dedans, ni franchement dehors, des fruits délicieux et des fleurs épanouies. Y en a-t-il un autre ? Certainement, mais je ne suis pas venu ici chercher la laideur de chez moi, j’étais là comme une enfant qui découvre un monde inconnu, goûte des saveurs bien différentes de celles des mangues dures comme des pierres et des yaourts exotiques au parfum fruits de la passion. C’était les vacances, un ailleurs où la vie se poursuit dehors, à la tombée de la nuit, sans pull et sans sac à main. Au rythme des ballades au bord de mer et des chiens maigres mais vifs que nous croisions.

Au Gabon, le temps a pris son temps, et la simplicité de la vie m’a rattrapée. Pourquoi faudrait-il être si pressé de passé à côté de l’essentiel ?

Paris, quelle drôle de vie !