Insaisissable réel

L’objectivité est un leurre, une utopie, une folie.

« La communication est une transgression » écrit Paul Ricoeur. Parler à autrui, c’est la transgression de son espace défini par l’autre, dans sa manière bien à lui d’être différement unique.

Celui qui croit pouvoir se faire comprendre comme il entend s’exprimer, sans altération du message, sans prendre en compte l’altérité de l’autre, est vaniteux ou tout simplement fou ; le langage n’est pas une science exacte, il est une expérience qui ne peut jamais se renouveler à l’identique. Personne, même pas la plume que je tiens ne peut dire en vérité ce que je pense. Le discours est une forme inaboutie, une mutation imparfaite et indéfinie. Le passage d’une pensée intérieure, indignation de l’âme ou simple rébellion de l’esprit, dans le jaillissement oral est une confrontation de l’intériorité avec le monde extérieur. La conception originelle du message, son sens et son champ d’implication inédit, modifie la perception de la parole.Il est pourtant nécessaire de prendre en considération cette altération du message, pour le bien du récepteur et de l’émissaire. Comment pourrait-on se faire comprendre si on ne se fait pas violence contre cette appréhension de l’entente.
La parole est un acte, comme l’écriture, qui nécessite du courage.
Du courage, de l’humilité et de la patience.

1 Commentaire

  1. François
    8 avril 2015

    C’est incroyable comme ce texte est en phase avec mes préoccupations du moment.
    Je ne sais pas si je suis vaniteux ou fou mais mon sens de l’absolu me faisait oublier ce que tu écris là.
    Je voudrais tout maitriser. Que l’image que je veux transmettre et que je vois sur mon ordinateur soit parfaitement celle que les autres verront sur le leur: maigre (mais sans doute indispensable) tentative pour transmettre ce que je « vois » tout court.
    Il faudrait que je prenne en considération l’autre?Pas trop quand même non? Que je sois au minimum attentif à son ressenti (ça c’est facile s’il l’exprime). Mais au final c’est le vers de Pouchkine que j’ai peint au frontispice de ma bibliothèque qui me guide: « Poète ne cherche pas l’amour de la foule, reste farouche et fier, va sur un chemin libre »

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