L’objectivité est un leurre, une utopie, une folie.

« La communication est une transgression » écrit Paul Ricoeur. Parler à autrui, c’est la transgression de son espace défini par l’autre, dans sa manière bien à lui d’être différemment unique.

Celui qui croit pouvoir se faire comprendre comme il entend s’exprimer, sans altération du message, sans prendre en compte l’altérité de l’autre, est vaniteux ou tout simplement fou ; le langage n’est pas une science exacte, il est une expérience qui ne peut jamais se renouveler à l’identique. Personne, même pas la plume que je tiens ne peut dire en vérité ce que je pense. Le discours est une forme inaboutie, une mutation imparfaite et indéfinie. Le passage d’une pensée intérieure, indignation de l’âme ou simple rébellion de l’esprit, dans le jaillissement oral est une confrontation de l’intériorité avec le monde extérieur. La conception originelle du message, son sens et son champ d’implication inédit, modifie la perception de la parole. Il est pourtant nécessaire de prendre en considération cette altération du message, pour le bien du récepteur et de l’émissaire (ou émetteur). Comment pourrait-on se faire comprendre si on ne se fait pas violence contre cette appréhension de l’entente…
La parole est un acte, comme l’écriture, qui nécessite du courage.
Du courage, de l’humilité et de la patience.