Dans Humeur

Identité

Ce matin, une boule est coincée dans mon ventre. Le bas-ventre pour être plus précise, celui dont Platon dit qu’il a été conçu pour accueillir les surplus causés par la gourmandise de l’homme. Ce lieu, cité dans la première partie de l’ouvrage Timée, permet de conserver les aliments suffisamment longtemps et d’éviter ainsi une faim constante qui nous détournerait de l’appel des Muses.

Ma boule à moi est de cet acabit. Lourde, pesante, elle me coupe l’appétit et les jambes dans un même mouvement. Mes entrailles sont devenues le centre, origine et fin, de toutes mes préoccupations. Je n’entends plus que ma haine, ma colère, ma tristesse.
Insultez ce que je suis, cela n’a pas d’importance, mon identité propre ne vaut que par ce qu’elle touche de l’autre. Chose étrange d’être indifférente à soi, perturbante que d’attribuer à l’autre d’être plus que l’autre. Une partie de moi aussi. On aime en lui cette partie qui nous rappelle, à nous, ce que l’on est, ce qu’on lui doit de notre être. L’autre, rencontre qui transforme et fait fondre l’hideuse forme du masque que l’on porte sans s’en rendre compte. L’autre c’est moi, mais nous sommes trois. Lui, moi et ce que j’ignore de lui .

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