Dans Humeur

communication et bad buzz, un potage fumeux

 » Moi, lorsque je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache ».
A croire que cette citation empruntée à Raymond Devos est plus proche de la réalité que ne voudrait bien le croire notre bon sens paysans. Il n’y qu’à allumer un poste de télévision pour s’en rendre compte. Directive à l’œuvre dans toute réunion marketing qui se respecte, le fumeux  » mieux vaut un mauvais message que pas de message » se vérifie au jour le jour. Les marques communiquent à tort et à travers, sur le printemps et les petites fleurs qui composent nos lessives, sur les voitures diesel écologiques ou la teneur 100% viande d’animal de nos biftecks. Tout est bon pour prendre la parole, surtout quand la forme du message remplace un fond à jamais inexistant en communication publicitaire. Mais le pire n’est pas là. En effet, les dirigeants de la vie politique, ceux là même soucieux des affaires du peuple et de l’état, prennent exemple sur nos vendeurs de petits pois et autres raviolis. Un homme politique qui ne communique pas est un homme mort. Oublié des sondages, inexistant dans l’opinion, que pourrait donc apporter un fantôme à notre troupeau en manque permanent de représentation. Nous avons ainsi droit à cette éternelle rengaine de l’homo politicus, qui lave toujours plus blanc que blanc.
Force est de constater l’impuissance de la parole lorsqu’elle n accompagne pas l’acte. Pour la pub, ça passe, en politique, ça fait toujours mauvais genre.

Et avec les nouveaux média, c’est un espace d’expression supplémentaire qui s’ouvre. Les marques, prêtes à tout pour nous vendre ces produits dont nous n’avons pas besoin mais qui nous donnerons l’impression d’être bien dans notre peau, heureux et sexy, sont les premières à y trouver leur intérêt. Vidéo de buzz, street marketing, concours et flux multiples, en one to one, tout est bon pour se maintenir dans l’esprit du consommateur. Pas facile quand on sait que notre œil est exposé en moyenne à plus de 200 messages publicitaires par jour (source francoscopie 2005, moyenne en France). Et ceux qui, trop content de défendre l’espace publicitaire comme une possibilité d’expression des justes, perdent leurs heureuses utopies en même temps que leur budgets de communication. C’est Philip Morris qui a du se frotter les mains de voir son fameux cow boys Malboro utilisé par les associations anti-tabac. Un coup de pub supplémentaire, et gratos en plus. Ce mâle sexy, libre sur son cheval fougueux, peut bien être monté sans cigarette et pourquoi pas sans pantalon, il n’en reste pas moins qu’il représente l’image empruntée par le cigarettier et illustre un produit devenu permissif. Jouissance suprême pour nos concitoyens que de se confronter à l’interdit dans notre société où la législation veut régler nos moindres responsabilités individuelles.

Profitons en pour s’en griller une sans scrupules, il y en a bien qui font pire. Regardez, Dieudonné, lui qui n’a plus le droit de communiquer sur ses spectacles, il n’en fait pas une maladie. Et ça tombe bien, les médias le font pour lui. A force de faire les choux gras de nos quotidiens, il se paie même une meilleur exposition qu’avec n’importe quel système de communication évènementielle classique. Idem pour Orelsan, dont il ne me serait même pas venu à l’idée d’écouter sa chanson, intitulée du doux nom de « sale Pute », si un certain François Bonneau, président de la région Centre, n’avait eu la bonne idée de faire tout un foin d’une musique ontologiquement en opposition avec notre système bien pensant .
En bref, si le buzz a remplacé la réputation et si le « direct à tout prix » présente l’actualité avec autant de réflexion qu’un spot Juvamine, il ne faut en vouloir à personne d’autre qu’à nous même. Depuis la nuit des temps, l’homme bavarde, occupe son vide intérieur d’une foule de commérages aussi stériles qu’amusants et regarde son nombril avec autant d’intérêt qu’un babouin épouillant son congénère.

Les jeux sont fait, rien ne vas plus… mais d’ailleurs, parler du bad buzz, n’est pas le rendre plus fort ?

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