“Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien”…certains ont tendance a bien vite l’oublier.
La question n’est pas de savoir qui de Jean ou de Simon Pierre est arrivé le premier. Celui qui franchit la ligne d’arrivée ne gagne pas à tous les coups, pour preuve, le destin du second a pris le pas sur le favori. Lafontaine avait une locomotive d’avance en écrivant Le lièvre et la tortue, ou une caravane de retard. Et au fond, nous savons bien qui est arrivé le premier (Jean, 20 ;4) et surtout, qui a marqué de sa pierre (blanche ?) l’ère chrétienne et par là l’humanité. Cela n’a pas d’importance, si ce n’est de nous conforter dans l’idée que l’histoire n’a rien de logique ni de linéaire. Ce qui était écrit avait besoin des hommes pour exister, nécessaire interprétation qui donne plus qu’elle ne prend. Risque aussi, de laisser au libre arbritre le choix de l’équipe gagnante, sans carton, sans sifflet et sans pénaltie.
Nous savourons avec une vanité qui confère à la réalité ce que nous supposons du réel, jusqu’à la tordre pour mieux sentir notre puissance. Pourquoi s’inscrire ainsi dans l’histoire ? Qui suis-je réellement, quel est mon origine, ma destinée ? L’historien aura tôt fait de nous narrer les méandres du hasard et des aventures humaines mais qu’en est il du fond de l’animal politique ? Pourquoi est-il capable de rejoindre une cause et d’en faire l’exact contraire ? Est il libre ? Socrate dirait que c’est notre peur de la mort, de notre finitude, qui nous pousse à tout vouloir posséder. Seule l’exercice de la pensée nous ramène à la quête de vérité, une quête sans fin. Sans ce va-et-vient constant entre la pensée et l’action, nous sommes condamnés à subir sans jamais agir, ou à agir sans jamais réfléchir. Triste choix où la liberté de l’homme ne s’exprime pas.
«On ne consent pas à ramer quand une force intérieure nous pousse à voler.»
– Helen Keller
J’ai souvent l’impression d’être à contre-sens. Dans ma vie, dans mes envies, dans le métro…et dans bien d’autres lieux encore.
Alors que les dix clampins de mon wagon sont tous dans le sens de la marche, je m’obstine à tourner le dos au mouvement d’allant qu’emprunte le train. Il se faye un chemin au milieu des ténèbres du sous Paris, et moi, je préfère affronter les visages froids et impassibles de mes compagnons de route.
Quelques temps déjà que je suis rentrée et je continue ma chasse aux moustiques invisibles. Février, à Paris.
Disons le franchement, ils sont le fruit de mon imagination, exacerbée par une habitude qui ne me quitte pas si facilement. Sursauts en pleine nuit, certaine à mettre ma main à couper qu’ils sifflent dans mes oreilles. Pourtant, sur place, ils ne me dérangeaient pas tellement. Aujourd’hui, j’en viendrais presque à penser qu’ils me manquent.
Partie avec quelques clichés en tête et trop de vêtement léger, je me suis rendu sur un continent que je ne connaissais pas. Je le fantasmais d’après mes souvenirs d’enfance, Roi Lion oblige, et les journaux de 20 heure, quelle bande de menteurs.
Heureusement, un peu de littérature et des rencontres en chair et en os ne m’avait pas englué dans une attitude trop figée. J’étais toujours prête à l’accueillir comme elle se présenterait. Ni Sahel, ni Serengeti, j’ai évité les lieux les plus cités par nos médias pour me rendre à Libreville. Doux nom pour un cadre où la liberté ne me semblait pas poser problème. Liberté de circuler, de s’arrêter, de klaxonner, de doubler, de traverser, de courir, d’enjamber, de chanter, de boire ou de fumer. Après tout, pourquoi ne pas rouler au milieu de la route si personne ne vient en face.
Liberté de parler de tout, je ne sais pas. Je n’ai pas pratiqué, ni entendu. La contemplation m’a suffit. Des arbres gigantesques, qui me plongeaient dans un monde de Lilliputien, des visages ensoleillés et une chaleur bienvenue m’accueillirent après la neige et la grisaille de l’hiver occidental. Le Gabon m’a présenté sa meilleure face, celle des espaces protégés, des éléphants proche et pourtant intouchable, des marchands de grillade , pas tout à fait dedans, ni franchement dehors, des fruits délicieux et des fleurs épanouis. Y en a-t-il une autre ? Certainement, mais je ne suis pas venu ici chercher la laideur qui existe aussi chez moi, j’étais là comme une enfant qui découvre un monde inconnu, goûte des saveurs bien différentes de celles de mangues Ed et des yaourts parfumés fruits de la passion. C’était les vacances, un ailleurs où la vie se poursuit dehors, à la tombé de la nuit, sans pull et sans sac à main. Au rythme des ballades au bord de mer et des chiens maigres que nous croisions.
Au Gabon, le temps a pris son temps, et la simplicité de la vie m’a rattrapé. Pourquoi faudrait il être si pressé de passé à côté de l’essentiel ?
Paris, quel drôle de vie.
Ce matin, une boule est coincée dans mon ventre. Le bas-ventre pour être plus précise, celui dont Platon dit qu’il a été conçu pour accueillir les surplus causés par la gourmandise de l’homme. Ce lieu, cité dans la première partie de l’ouvrage Timée, permet de conserver les aliments suffisamment longtemps et d’éviter ainsi une faim constante qui nous détournerait de l’appel des Muses.
Ma boule à moi est de cet acabit. Lourde, pesante, elle me coupe l’appétit et les jambes dans un même mouvement. Mes entrailles sont devenues le centre, origine et fin, de toutes mes préoccupations. Je n’entends plus que ma haine, ma colère, ma tristesse.
Insultez ce que je suis, cela n’a pas d’importance, mon identité propre ne vaut que par ce qu’elle touche de l’autre. Chose étrange d’être indifférente à soi, perturbante que d’attribuer à l’autre d’être plus que l’autre. Une partie de moi aussi. On aime en lui cette partie qui nous rappelle, à nous, ce que l’on est, ce qu’on lui doit de notre être. L’autre, rencontre qui transforme et fait fondre l’hideuse forme du masque que l’on porte sans s’en rendre compte. L’autre c’est moi, mais nous sommes trois. Lui, moi et ce que j’ignore de lui .
Une junior entreprise qui propose des services dans les domaine de la biologie, de la chimie et de l’agroalimentaire, ça donne une petite chose verte et bleue, mélange de courbe et de droite, de douceur et d’optimisme.
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Comprendre les enjeux de l’eau sans avoir vécu la soif est une vaste utopie. Jusqu’à cet été, je ne l’avais pas perçu. Et pourtant, subir la soif, c’est entrevoir la violence sous-jacente qu’elle contient lorsque l’eau vient à manquer.
En partageant la période de jeûne du Ramadan avec un ami , la privation m’a montré à quel point l’absence pouvait être présente. Plus encore que le creux de la faim et les torsions de l’estomac, la soif assaillit l’esprit sans répit. Chaque goutte que l’on sue, chaque rayon de soleil devient une épreuve.
La nuit venue, lorsque délivrer de la volonté de Dieu, nous nous retrouvons ensemble pour partager un repas, la joie est immense. Elle transforme l’eau en la meilleure des boissons et les plats simples, olives ou fromages frais, en délices. J’ai trouvé un plaisir sans fin à assouvir ce besoin primaire. Mais plus important encore était le partage, les retrouvailles du coucher du soleil, autour d’un plat avec ceux qui nous sont chers. J’ai alors pris conscience de ma chance : boire quand j’en ai envie , manger jusqu’à plus faim et plus encore que tout ces biens du corps, être en famille, libre et bien portant.
J’ai oublié le prix des choses, cette paire de bottes que je rêve d’acheter et qui, finalement, revêt si peu d’importance à côté des sentiments d’amour que nous éprouvons. Une gratitude profonde pour ce que la vie me donne et m’a déjà donné, simplement parce que, comme disent certain, j’ai crevé de soif bêtement pendant 3 jours pour un Dieu qui n’existe peut être même pas. Mais c’est justement la dimension métaphysique de ces actions qui nous conduit à reconsidérer l’existence, nos conditions de vie confortables dont nous n’avons plus conscience, la surconsommation d’eau mais surtout ce gaspillage d’énergie et de temps, trop souvent mis à profit de futilités matérielles.
Cette rencontre avec une tradition des peuples du désert m’ à permis, à travers ces quelques jours de privation, de partager bien plus qu’une foi en l’invisible. Au-delà des enjeux de l’eau, c’est la question du respect de la vie, de ce qu’elle nous offre en expérience et en espérance, qui s’est posée à moi.





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